Ed Kemper, l’ogre de Santa Cruz

Entre 1970 et 1971, Kemper passa la plus grande partie de son temps libre à voyager sur les autoroutes de Californie.

L’attrait des plages, des eaux chaudes, des bâtiments élégants du XIXème siècle et des magnifiques environs de la campagne étaient tout aussi tentants pour les voyageurs de San Francisco que pour les hippies, et la ville se développa rapidement, bien que le changement ne l’améliorât pas. En raison de l’afflux important de jeunes, l’Université de Santa Cruz est devenue une zone particulièrement attrayante pour les trafiquants de drogue.

En outre, au cours de ces années, un grand nombre de groupes de satanistes de San Francisco se sont installés. Depuis son départ d’Atascadero, Kemper était fasciné par le grand nombre de femmes auto-stoppeuses et croyait maintenant en l’obligation de s’arrêter et de les « ramasser ».

Sa préparation :

Ed Kemper s’acheta une voiture, se procura des couteaux et armes à feux, et se mit à boire plus que de raison. Il roula sur les autoroutes californiennes sur plusieurs kilomètres et prenait les auto-stoppeuses qu’il voyait. Des femmes jeunes, petites et jolies. C’est en ressassant ses fantasmes violents qu’il observait ces femmes, il apprit à ne pas les effrayer et à leur donner confiance en lui. Il imaginait et analysait ce qu’il pourrait leur faire alors qu’il les emmenait à destination.

Il bricola une cachette pour ses armes sous son siège, mit un système de blocage sur la porte côté passager et plaça dans son coffre des sacs poubelle, des couteaux, des armes à feu et une couverture.

Université de Californie

Il a convaincu sa mère de lui obtenir un laissez-passer de l’université de Californie qui lui donne accès à tous les campus de l’état et au printemps 1972, il est prêt.

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Il commence alors sa série de meurtres le 7 mai 1972 dans la région de Santa Cruz. Il tue en tout 6 jeunes femmes libérées sexuellement alors que Kemper n’a jamais pu avoir de relations sexuelles.

Il les amène dans sa Ford, dans des coins éloignés, puis les étrangle, les poignarde ou leur tire une balle dans la tête avant de ramener leurs têtes en guise de trophées.

Ses victimes :

/!\ Certains détails peuvent être choquants /!\

  • Mary Ann Pesce (18 ans) et Anita Luchessa (18 ans), le 07/05/1972

Mary Ann Pesce Anita Luchessa

Les jeunes filles ont été prises en auto-stop à l’Université de Stanford. Après avoir conduit quelque temps, Ed prit son fusil sous le siège et se gara dans une zone déserte. Il mit Anita dans le coffre de sa voiture pour s’en prendre à Mary-Ann. Il la menotta, lui mit un sac plastique sur la tête, et tenta de l’étrangler. Mais elle parvient à faire un trou dans le sac. Frustré, Ed sortit son couteau et la poignarda à plusieurs reprises. Il poignarda également Anita.

Après avoir tourné quelque temps en réfléchissant quoi faire des corps, il emmena le corps de Mary Ann dans son appartement, où il le déshabilla et le disséqua. Il décapita le corps d’Anita. Le corps de Mary Ann fut enterré dans le sac en plastique qu’il avait utilisé pour essayer de l’étouffer. Il garda les deux têtes pendant un certain temps, puis finit par les jeter dans un ravin. Mary Ann sera retrouvée et identifiée en Août. Ni la tête d’Anita, ni son corps n’ont jamais été retrouvés.

Rapport de police Pesce et Luchessa

  • Aiko Koo (15 ans), 14/09/1972

Aiko Koo

Dans la soirée Ed prend en stop Aiko, une danseuse de 15 ans, d’origine coréenne, qui partait à un cours de danse. Elle en avait assez d’attendre le bus et décida de faire du stop. Aiko panique rapidement mais Ed la convainc qu’il ne lui arrivera rien si elle n’essaie pas d’alerter les badauds. Ed l’étouffe, la sort de la voiture, la pose sur le sol, et la viole. Puis il l’étrangle et la met dans le coffre pour reprendre la route.

Tard dans la nuit, il dissèque son corps dans son appartement et disperse les restes dans la nature. Il se rend le lendemain à un entretien avec des psychiatres dans le cadre de sa libération sur parole, avec la tête de sa victime dans son coffre.

  • Cinthia Schall (18 ans), le 08/01/1973

Cynthia Schall

Ed achète un pistolet de calibre 22 automatique.

Il prend en stop Cynthia et la conduit dans les collines où il la force à aller dans le coffre et lui tire dessus. Ed doit à présent composer avec la présence maternelle et cache le corps en attendant le départ de sa mère à son travail pour avoir des rapports sexuels avec le cadavre. Il la dissèque dans la baignoire, en prenant le plus grand soin par la suite à laver toutes les traces. Il enlève la balle du crâne et enfouie la tête dans le jardin de sa mère.

Plus tard, il jette les parties du corps d’une falaise. Cette fois, cependant, le corps est découvert dans les 24h. Ed n’est pas vraiment inquiet. Il a été très prudent.

  • Rosalind Thorpe (23 ans) et Alisson Liu (21 ans), le 05/02/1973

Rosalind Thorpe 

Dans la nuit du 5 Février 1973, Ed et Clarnell ont une dispute et Ed claque la porte de l’appartement, survolté et prêt à frapper. Il prend en stop Rosalind Thorpe et engage une conversation. Puis, il prend une 2nde auto-stoppeuse, Allison Liu qui n’avait pas d’appréhension à monter dans la voiture, en voyant Rosalind et l’autocollant UC Santa Cruz de stationnement (celui que lui avait procuré sa mère).

Ed n’arrête même pas la voiture pour faire sa mise à mort. Il attire l’attention de Rosalind sur la vue côté passager, ralentit, et tire dans la tête. Rapidement, il pointe le fusil sur Allison et tire à plusieurs reprises. Contrairement à Rosalind, elle ne meurt pas immédiatement. Il fait un aller-retour à l’appartement, met la voiture dans une allée, et décapite les cadavres dans le coffre.

Le lendemain matin, il ramène le corps d’Alice à l’intérieur et a des relations sexuelles avec elle dans sa chambre. Il ramène la tête de Rosalind afin d’en retirer la balle, comme il l’avait fait auparavant avec Cynthia. Il disperse ensuite les parties des corps. Le corps d’Alice sera découvert le 14/02/1973.

  • Clarnell Strandberg Kemper, sa mère, et Sally Hallett (59 ans), le 21/04/1973

Clarnell Strandberg Kemper Sally Hallett

Le week-end de Pâques Ed décide que le moment est venu de tuer sa mère.

À 5h15 du matin, il prend un marteau et va dans sa chambre. Il la frappe une fois à la gorge, et s’acharne au point d’enlever son larynx. Il la décapite et dépose la tête sur la cheminée de la maison, afin de l’utiliser comme cible de jeu de fléchettes puis il aurait eu ensuite des rapports sexuels avec le corps (fait que Kemper continue toujours de nier aujourd’hui). Il cache le corps de sa mère dans un placard, nettoie un peu, puis quitte la maison.

Ed commence à s’inquiéter, il sera immédiatement soupçonné si le cadavre est retrouvé. Afin d’expliquer l’absence de sa mère, il décide de piéger une de ses amies, et de faire croire qu’elles sont parties en vacances, ce qui sera plus crédible qu’un départ seul de sa mère.

Durant l’après-midi, il appelle Sally Hallett, une amie de sa mère, pour l’inviter à dîner mais elle ne répond pas. Sally Hallett rappelle vers 17h, et Kemper l’invite au prétexte de faire une surprise à sa mère. Lorsque Sally Hallett arrive, il l’assomme puis l’étrangle. Il dépose le corps sur son lit, la tête enveloppée d’un sac en papier, et va boire quelques bières. De retour à l’appartement, il décapite le corps de Sally Hallett et s’endort dans le lit de sa mère.

Le lendemain matin, il plaça le corps dans le placard de sa chambre et quitta la ville dans la voiture de Sara Hallett. Il roule vers l’est, vers Sacramento, ne s’arrête que pour reprendre de l’essence, des sodas et des amphétamines, va à Reno au Nevada. Il loue une autre voiture et abandonne celle de Sara Hallett à une station service.

Dans le Colorado, il est arrêté au cours d’un contrôle de police pour excès de vitesse et paye tranquillement sa contravention. Il ne cesse d’écouter la radio pour vérifier si les cadavres ont été découverts.

Après 30h de route, épuisé, dans la nuit du 23 avril 1973, il appelle la police de Santa Cruz, et avoue les meurtres qu’il a commis. La police crut d’abord à une blague.

Maison de Clarnell Kemper La police enlève le corps de Clarnell

Il leur indiqua où trouver les corps de sa mère et de Sara Hallett et fut appréhendé par les policiers de Pueblo.

Ed Kemper avoua au psychiatre Donald Lunde avoir préparé avec soin une liste des caractéristiques physiques et morales de ses futures victimes. Elles ne doivent pas être des « sales hippies » mais des jeunes femmes de bonne famille.

Selon ses propres dires, Ed Kemper a prit en stop plus de 150 jeunes femmes pendant cette année meurtrière.

Il indiquera aux enquêteurs où trouver les corps de ses victimes :

Investigations des policiers 1 Investigations des policiers 2 Kemper dirige la police à l'endroit où il a enterré un cadavre

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Santé, condamnation et prison :

Ed Kemper a été diagnostiqué comme schizophrène paranoïde et soigné à l’hôpital psychiatrique où il fut interné. Considéré comme sociopathe, des expertises psychiatriques ont déterminé que Kemper possèderait un QI supérieur à 140.

Lors de son arrestation il a renoncé à ses droits légaux et a commencé à enregistrer ses aveux. Il n’y avait pas d’hésitation, de réticence ou d’incohérence en lui. Une fois à Santa Cruz, il les a répété encore plus intensément. Il se vantait de sa mémoire et de ses capacités d’observation. C’était son triomphe final et il en prit plaisir, appréciant la sensation de faire pâlir les policiers.

Selon la police, il a collaboré dans tout ce qu’il pouvait et a accepté de se soumettre au détecteur de mensonge, bien qu’il ne se soit pas fait d’illusions sur ce qui se passait et a insisté sur le fait que « …tout ce processus est juste une façon que la société a de se débarrasser de moi. Et moi, si j’était la société, je ne me ferais pas confiance.  »

Arrestation Kemper

La psychiatrie en général a été attaquée. Herbert Mullin et John Frazier, les 2 autres tueurs en série qui ont agi à Santa Cruz en même temps qu’Ed Kemper, ont également été libérés d’un hôpital psychiatrique. Cela a créé une rupture dans la confiance du public et les spécialistes ont dû avouer que toute décision de libérer une personne souffrant de troubles mentaux ayant des antécédents de violence comportait un grand risque.

Malgré ses confessions longues et détaillées, les motifs de meurtre de Kemper continuaient à être très confus. Il a lui-même fourni plusieurs explications incohérentes et parfois contradictoires sur son comportement. Il s’est amusé à discuter avec la police comme il l’avait déjà fait avec les psychiatres. Cependant, interrogé en profondeur sur sa maison ou sur des choses dont il ne voulait pas parler ou même penser, il changea de sujet et commença à décrire les crimes et les dissections en détail, se laissant aller à un esprit morbide.

Kemper eut un plaisir supplémentaire à retourner sur les scènes de crime, les endroits où il avait enterré les victimes ou à conduire dans sa voiture à côté des maisons des filles décédées pour savourer la douleur des familles en détresse.

Durant le procès, il a voulu apparaître comme un fou plutôt que comme un mal. La plupart des psychiatres admettaient que la mort des 6 jeunes filles, et bien sûr celle de la grand-mère, était due au fait que Kemper préparait le terrain pour assassiner sa mère.

Les aveux enregistrés d’Ed Kemper, une description longue et détaillée des meurtres, ont été reproduits au procès et ont fait perdre conscience à certains proches des victimes.

À Santa Cruz, Kemper occupait une cellule à côté de celle d’Herbert Mullin qu’ il détestait : « Il avait tué sans avoir de bonnes raisons pour cela! » affirmait-il.

James Jackson, défenseur public du comté de Santa Cruz, était chargé de défendre Kemper. C’était une entreprise ardue, puisque son client avait tout avoué et que l’avocat ne pouvait trouver aucun psychiatre ou psychologue pour témoigner en sa faveur.

Le 29 octobre, Ed Kemper s’est présenté avec les mains bandées. Pour la 2ème fois depuis son arrestation, il avait tenté de se suicider en se coupant les poignets avec un stylo laissé par un journaliste et en empêchant toute aide jusqu’à ce qu’il puissent être maîtrisé. La grande partie des 3 semaines du procès ont été consacrées à des témoins médicaux.

Le Dr Joel Fort a décrit le défendeur comme un maniaque sexuel, mais a conclu qu’il était en bonne santé mentale, même s’il était psychopathe. Il a laissé entendre que le diagnostic de schizophrénie paranoïde fait quand Kemper avait 15 ans était faux.

Kemper a pris la barre le 1er novembre. Il paraissait excité et dans un état de nervosité qu’il n’avait jamais montré dans ses déclarations à la police. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il avait avoué, il a dit : « Je veux de l’aide. Si je vais dans un pénitencier, ils vont m’enfermer dans une petite pièce où je ne pourrai blesser personne et je serai libéré de tous mes fantasmes. »

Après 5 heures de délibéré, le 08 novembre 1973, Ed Kemper est déclaré coupable de meurtres au premier degré sur l’ensemble des 8 chefs d’accusation. Kemper a été condamné à la perpétuité (la peine de mort ayant été suspendue entre 1971 et 1974) avec la ferme recommandation de ne jamais être libéré.

Après le procès, les psychiatres qui ont examiné Kemper et vu son histoire ont insisté sur le fait que le diagnostic primitif était correct.

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Ed Kemper est actuellement emprisonné à la Prison d’État de Vacaville (Californie) et participe volontiers à des entretiens permettant de mieux comprendre le comportement des tueurs en série.

Au moment de sa condamnation, la loi californienne autorisait la libération conditionnelle des personnes condamnées à la réclusion à perpétuité après 6 ans de prison. Ed Kemper a commencé à postuler en 1978, mais la commission l’a rejeté et a continué à le faire chaque fois qu’il l’a présenté.

Il est employé à la bibliothèque du pénitencier et est devenu lecteur de livres pour aveugles. Il a reçu à ce titre plusieurs médailles qui ornent sa chambre pénitentiaire, en récompense de son travail de lecteur.

Robert Ressler Robert Ressler

Il est le 1er tueur en série interrogé par les profileurs Robert Ressler et John E. Douglas dans le cadre d’un programme d’entretiens du FBI avec 36 tueurs en série et criminels sexuels afin d’apprendre à mieux les cerner : il pourrait avoir inspiré en partie le personnage d’Hannibal Lecter.

Robert Ressler n’était pas rassuré pendant les interrogatoires et faisait son possible pour ne pas le montrer. Kemper essayait de le dérouter. Ressler fût soulager quand un garde vint enfin chercher le prisonnier.

Depuis, la politique des agents est de ne jamais rencontrer seul un meurtrier (un violeur ou un agresseur d’enfants) condamné, et de toujours le faire en duo.

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—> Dans la série « Mindhunter », l’acteur Cameron Britton incarne Edmund Kemper, enfermé dans la Prison d’État de Vacaville.

—> Marc Dugain s’inspire d’Edmund Kemper pour son roman « Avenue des géants » publié chez Gallimard en 2012.

—> Jacques Pradel « Ed Kemper, tueur en série et personnage de roman », émission « L’Heure du crime » sur RTL, le 17 avril 2012.

—> Stéphane Bourgoin « Serial Killers: Enquête mondiale sur les tueurs en série » paru en Juin 2011 chez Grasset.

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Lani

Sources : tueursensérie.org, wikipédia, greffiernoir.com, docu tv, livres, blog espagnol et dictionnaire

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Auteur : Ingrid Lani

Après RIP il me semblait normal de suivre Nico & Mariana dans leur nouvelle aventure. Fidèle depuis le 1er jour, modo + tipeuse + blogueuse pour un soutient sans faille et assumé.