Le château de Rouelbeau 

Samedi 29 Juillet 2017

Le château de Rouelbeau est un ancien château médiéval dont on peut encore apprécier quelques vestiges à Meinier dans la campagne genevoise en Suisse.

GPS : 46°14’31″N – 6°13’04″E
Chemin de Rouelbeau, 1252 Meinier, Suisse

Plan

Histoire :

La « Bastie de Roillebot » fut d’abord une place forte en bois et construit par le chevalier Humbert de Choulex puis inaugurée le 07/07/1318, après un an de travaux (ce que des sources historiques permettent de dater avec précision).

En 1319, elle devient le siège d’une châtellenie (Seigneurie et juridiction d’un seigneur) administrée par Hugues Dauphin, sire de Faucigny. Ce château fortifié défendait l’accès des Seigneurs de Faucigny au lac et à la ville neuve d’Hermance. Le contexte politique était alors tendu entre les comtes de Genève, les seigneurs de Faucigny, et la Maison de Savoie.

Vue de haut -Maquette 3D  maquette 3D du château à l’époque

Vue de haut  les ruines à ce jour

Le 05/01/1355 le Faucigny est intégré au comté de Savoie ce qui mit fin aux querelles entre les 2 maisons faisant perdre, du coup, la raison d’être du château. Le site fut progressivement abandonné et il servit de carrière pour la construction des maisons des villages avoisinants.

Le château a été détruit par les bernois en 1536, lors des premiers mouvements de la Réforme protestante.

Au XIXème siècle, le château déjà en ruines, était entouré de marécages, faisant partie du paysage et de la vie des habitants du lieu.

Le site a été classé Monument historique en 1921 mais il a été laissé à l’abandon et peu à peu la végétation a envahi les ruines.

Dès 1920 les plans d’assainissement de la zone ont fait disparaître les marécages au profit de zones cultivables et ce n’est que grâce aux projets de renaturation des marais en 2000 et 2002 que le site du château a trouvé un nouvel intérêt et le biotope marécageux de l’époque.

À partir de 2001 le Service cantonal d’archéologie a entrepris de remettre en valeur les ruines du château et d’en comprendre la genèse. Depuis, le château de Rouelbeau fait l’objet d’études et de restaurations. Il s’agit de l’ultime témoignage de l’architecture médiévale conservé dans la campagne genevoise.

Ruines2

Ici, vous trouverez un article du journal suisse « Tribune de Genève » datant du 30/08/2016 annonçant la réouverture du site au public :  http://www.tdg.ch/culture/Le-chteau-medieval-de-Rouelbeau-s-offre-sans-entraves-aux-Genevois/story/11293844

Ci-dessous, un pdf trouvé sur le site :  https://www.ge.ch/patrimoine/sca

PDF_Rouelbeau_batie_bois

Considéré isolé et mystérieux ce lieu a inspiré son lot de légendes.

Légende :

Une dame blanche, qui serait la 1ère épouse d’Humbert de Choulex, répudiée par son mari et espérant toujours le voir revenir à elle, se promènerait dans les ruines certaines nuits sans lune et plus particulièrement les veilles de Noël. Du haut de la tour restante du château, elle protège le trésor familial et veille sur sa famille disparue.

Petite variante : On raconte qu’une Dame blanche le hante les nuits de pleine lune, faisant revivre les anciens habitants du château.

Sur plusieurs forums ou blogs, des visiteurs du château affirment y avoir entendu un bruit suspect, une sorte de cri ni humain ni animal. Illusion? Canular? Entité? …

Il est dit aussi qu’on ne doit pas s’aventurer seul dans ces ruines…

 

Un conte suisse a été écrit sur cette légende.

Imaginez-vous…c’est l’hiver, il fait froid, vous tenez une tasse de chocolat chaud, vous êtes assis devant la cheminée et vous écoutez votre grand-mère, tricotant son énième pull, conter cette histoire :

au coin du feu

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La veuve et son fils

Il était une fois, aux environs de Genève, une pauvre veuve qui demeurait seule avec son fils. Celui-ci allait sur ses 16 ans. C’était un solide gaillard qui aidait sa mère comme il pouvait en s’embauchant dans les maisons des alentours. Mais les temps étaient durs, il devenait difficile de trouver du travail et l’argent se faisait rare. Noël approchait et le garde-manger était vide.

– Nous n’aurons qu’une croûte de pain et ce morceau de lard pour le Réveillon, soupira la mère. J’essaierai de te cuire un bon repas tout de même en ajoutant un chou du jardin.

– Ecoute, mère, dit le fils. Armé du fusil du père, je vais aller dans les étangs. Ce sera le diable si je ne rapporte pas un canard ou une pièce de gibier!

La femme se signa:

– Ne parle pas du diable hors de propos; il pourrait nous jouer un tour! Va, mais prend garde de ne pas t’égarer vers les ruines du château de Rouëlbeau. On raconte qu’on a jamais revu ceux qui s’y sont aventurés les veilles de Noël.

– Ne te mets donc pas en souci, maman! Je reviendrai avant que le soir ne tombe!

Il embrassa sa mère, décrocha le fusil de son père qu’il glissa à son épaule et il partit. Et marche que je te marche, quand on marche, on fait bien du chemin. Arrivé aux étangs, qui étaient gelés, il s’embusqua. Les heures coulaient, la journée avançait, mais pas le plus petit gibier ne fit frémir les buissons ni les roseaux.

Il repartit et marcha, marcha, guettant le moindre bruit, attentif au plus petit mouvement. Rien. On eût dit qu’il avançait dans un monde minéral, un pays de fin du monde: tout était gris et blanc, sans un souffle de vent.

La nuit tomba sans qu’il s’en aperçut et, à son insu, ses pas le guidèrent vers le château maudit. Quand il reconnut le lieu où il était, il prit peur. Mais il pensa à sa mère qui ne s’était plus régalée depuis longtemps: « Coûte que coûte, il me faut trouver un animal pour ce soir! Peut-être qu’un lièvre ou un chevreuil se sera réfugié dans les ruines à l’abri du froid! »

Il grimpa le raidillon qui menait aux vieux murs. Il atteignait le donjon quand les douze coups de minuit sonnèrent à un clocher lointain. se souvenant des vives recommandations de sa mère, le garçon s’apprêta à rebrousser chemin.

C’est qu’alors qu’un souffle glacial le fit frissonner. Il sentit son sang se figer et ses cheveux se dresser sur sa tête en distinguant dans le noir une ombre blanche qui sortait de la tour en poussant d’atroces gémissements. Le spectre le frôla, glissa hors du château et disparut. Le jeune homme aurait dû fuir, mais ses pieds restaient collés au sol.

Après avoir erré tout autour des ruines, le fantôme blanc réapparut et s’arrêta devant lui:

– Que viens-tu faire sur mon domaine, enfant? Ne sais-tu pas que la nuit de Noël appartient aux Trépassés?

– Qui…qui êtes-vous? bégaya le garçon.

– Je suis la Dame Blanche de Rouëlbeau. Dans un temps dont chacun ici-bas a perdu souvenance, j’habitais ce château. Depuis ce temps, je veille sur les tombeaux des miens. Depuis ce temps, je protège leurs trésors enfouis. A ton tour de me répondre, enfant : pourquoi es-tu là ce soir?

– Madame, dit respectueusement le jeune homme en retirant son bonnet, ma mère et moi sommes si pauvres que nous n’avions ce soir pour le souper qu’une croûte de pain, une morce de lard et un chou, bien peu de chose pour une fête. J’ai pris le fusil de mon père, espérant trouver du gibier par ici mais tout semble mort aujourd’hui. J’ai tant de peine pour ma pauvre mère si je reviens bredouille!

– Brave petit! Suis-moi! Je vais t’offrir des étrennes. Ne dis rien à personne de ce que tu verras, car tu es et tu seras le premier et le dernier vivant que j’épargne!

Une poigne glacée et osseuse enserra le bras du garçon, et la Dame Blanche l’entraîna vers la grosse tour; ils descendirent un escalier en colimaçon branlant et vermoulu qui aboutissait à une porte de pierre. Le spectre toucha deux entailles gravées dans le rocher, et le bloc bascula comme s’il ne pesait pas plus qu’une plume.

– Entre et prends ce dont tu as besoin pour ta mère et pour toi! dit la revenante en le poussant dans une salle éclairée par de nombreuses chandelles.

Au milieu de la salle, un coffre débordait d’or et d’argent. Le jeune homme en emplit sa gibescière, ses poches et son bonnet.

– Pars, maintenant, et fais-en bon usage! Adieu, enfant!

La porte de pierre se referma avec fracas derrière le garçon qui se retrouva seul au pied de l’escalier de la tour. Il le grimpa quatre à quatre, dévala la colline, courut à travers les étangs. L’aube se levait quand il arriva chez lui. Sa mère était folle d’inquiètude; quand il entra, elle cria de joie et remercia le ciel.

Cependant, elle n’était pas seule, car un cousin riche et célibataire était venu réveillonner, apportant dans un panier une poularde et queqlues bouteilles de vin.

– Mère! Mère! Regarde ce que je t’ai trouvé! Joyeux Noël, maman! cria le garçon en versant le contenu de ses poches et de son bonnet sur la table.

– Seigneur Dieu, où as-tu pris tout ça?

– Je marchais dans les étangs en désespérant de te rapporter quelque chose: on se serait cru à la veille du Jugement dernier tellement tout était silencieux et sinistre. Je me suis posté à l’affût dans un gros saule. Voilà que le sol a cédé sous mon poids, et dans le trou, j’ai découvert ce trésor qui a dû être caché dans le temps par un larron.

Le cousin prit une pièce d’or et l’examina:

– C’est un très vieux trésor que tu as déniché là! Ces pièces datent de plusieurs siècles.

La mère, fatiguée par une telle nuit d’angoisse, monta se coucher. Le visiteur versa alors une rasade de vin au jeune homme:

– Maintenant que nous sommes seuls, entre hommes, dis-moi la vérité, cousin. Où as-tu trouvé ce fabuleux trésor?

– Sous le gros saule, que je l’ai raconté! se défendit le garçon.

Mais le vin fait venir les secrets sur l’eau; le cousin lui offrit tant et tant à boire qu’il rapporta tout : le château, la Dame Blanche, l’escalier du donjon, le coffre.

Le lendemain, le cousin monta avec une pioche, une lampe et des sacs, à Rouëlbeau. Il trouva l’escalier branlant et vermoulu et la porte de pierre mais malgré tous ses efforts, la dalle ne bougea pas d’un cheveux.

Avisant les entailles, il y posa les mains, mais rien ne se produisit. Il tenta de creuser pour passer sous le bloc, mais sa pioche se brisa sur le rocher. Il dut abandonner, mais il laissa les sacs: « Je reviendrai à Noël l’an prochain, et je les remplirai! »

Pendant toute l’année, il imagina stratagème sur stratagème pour rapporter le plus d’or possible du château. Il monta là-haut des sacs, une brouette, une pelle…

Enfin, Noël arriva. Il se vêtit misérablement et bien avant minuit, il était devant le château.

Quand les 12 coups sonnèrent, une bise glacée lui fouetta le visage; un spectre blanc sortit de la tour en gémissant atrocement, le frôla, glissa hors du château et disparut. Le cousin attendit impatiemment le retour du fantôme. La Dame Blanche s’arrêta devant lui:

– Que viens-tu faire sur mon domaine, vivant? Ne sais-tu pas, à ton âge, que la nuit de Noël appartient aux Trépassés?

– Je le sais, belle dame, mais je suis si pauvre que j’ai espéré que vous pourriez m’aider!

– Si pauvre, vraiment? demanda la Dame Blanche en toisant l’homme qui s’était agenouillé devant elle. Dis-toi que le trop de biens tord le cou! Suis-moi!

Elle enserra de sa poigne glacée et osseuse le bras du cupide et l’entraîna dans l’escalier de la tour. Elle effleura les entailles de la dalle de pierre et le bloc bascula, découvrant une salle éclairée de bougies au milieu de laquelle un coffre ancien débordait d’or et d’argent.

En passant, le cousin prit les sacs et la brouette qu’il avait entreposés là. Il plongea à pleines mains dans le trésor. Mais le coffre semblait sans fond et se remplissait à mesure qu’il y puisait.

Soudain, la voix sépulcrale de la Dame Blanche résonna:

– Homme trop cupide, ton heure est passée!

La porte de pierre se referma avec fracas.

Sans doute le cousin y est-il encore, entassant dans ses sacs l’or et l’argent des seigneurs de Rouëlbeau.

Plus jamais on ne l’a revu, et plus jamais nul n’a rencontré non plus la Dame Blanche dans son château.

Quant à la veuve et à son fils, ils achetèrent une ferme avec quelques bêtes et depuis, ils n’ont plus connu la misère.

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C’était un joli conte n’est-ce pas ? Pensez à la morale de cette histoire inventée par les Anciens et passez une douce nuit mes chers amis.

Lani @+

Sources : Wikipédia, journaux, web, radio-outretombe, 24heures.ch

Plusieurs sites, forums et blogs ont partagé le conte.

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Auteur : Ingrid Lani

Après RIP il me semblait normal de suivre Nico & Mariana dans leur nouvelle aventure. Fidèle depuis le 1er jour, modo + tipeuse + blogueuse pour un soutient sans faille et assumé.

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